L’Algérie renoue avec le terrorisme

L’Algérie renoue avec le terrorisme

 

ALGER (AP) – La région d’Alger n’avait pas connu pareille attaque depuis 2002. Lors d’une opération spectaculaire et parfaitement coordonnée, trois kamikazes ont fait exploser mercredi leurs véhicules piégés aux abords de deux sites symboles du pouvoir algérien: le palais du gouvernement dans le centre de la capitale et un immeuble de la police dans la banlieue est, faisant au total 24 morts et 222 blessés.

Ce triple attentat-suicide a été revendiqué par la branche d’Al-Qaïda au Maghreb, ou « Al-Qaïda en Afrique du Nord islamique », nouveau nom que s’est donné il y a quelques mois le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) après s’être affilié à Al-Qaïda, a rapporté la chaîne panarabe par satellite Al-Jazira.

Dans son message de revendication, l’organisation terroriste parle d’un troisième site visé, des locaux occupés par Interpol, mais ce site n’a pas été mentionné par les autorités algériennes. En outre, une porte-parole d’Interpol a affirmé que l’organisation internationale de la police n’avait pas de locaux dans le quartier visé.

Sur un site Internet islamique, la branche d’Al-Qaïda a diffusé les photos de trois hommes présentés comme les trois kamikazes et identifiés sous les noms de Mouadh ben Jabal, al-Zoubaïr Abou Sajda et Abou Dajjana. Dans sa revendication, le mouvement affirme que les trois véhicules transportaient respectivement 800, 700 et 500 kilos d’explosifs.

Ce triple attentat a eu lieu le 11 avril. Les attentats de New-York avaient été commis un 11 septembre (2001), ceux de Madrid un 11 mars (2004), celui contre une synagogue de Tunisie un 11 avril (2002), celui dans un café Internet à Casablanca un 11 mars (2007).

Selon la Protection civile algérienne, l’attentat devant le palais du gouvernement a fait 12 morts et 135 blessés, tandis que celui devant un immeuble abritant des forces spéciales de police dans la ville de Bab Ezzouar, dans la banlieue est de la capitale, a fait 12 morts et 87 blessés.

Le Premier ministre algérien Abdelaziz Belkhadem ne se trouvait pas dans le palais du gouvernement au moment de l’attaque. Mais, quelques heures après l’attentat, il est venu faire une déclaration à la presse devant l’immeuble qui a été partiellement dévasté sur six étages, y compris ses bureaux.

Le chef du gouvernement a dénoncé un « acte criminel qui relève de la pure lâcheté et de la trahison, au moment où le peuple algérien revendique la réconciliation nationale ». Il a ajouté que le calendrier électoral ne serait pas affecté par ces attaques et que les élections législatives auraient lieu comme prévu dans le pays le 17 mai prochain.

Deux témoins ont raconté avoir vu un véhicule rouge foncer en direction du bâtiment, puis la police ouvrir le feu pour le forcer à s’arrêter, avant qu’il n’explose. Le palais du gouvernement abrite les bureaux du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur.

La déflagration a été ressentie dans les immeubles voisins. Les vitres de la façade ont été brisées, et une dizaine de voitures étaient calcinées devant le palais. Plusieurs personnes ont été évacuées en ambulance. Un homme saignait à la tête, alors qu’une femme, l’air hagard et en larmes, était soignée pour une blessure à la tête.

A Paris, le chef de la diplomatie française Philippe Douste-Blazy a exprimé son « horreur » et son « indignation après les attentats qui viennent de frapper Alger ». Dans un communiqué diffusé par le quai d’Orsay, le ministre français des Affaires étrangères « assure les autorités algériennes de notre pleine solidarité dans leur lutte contre le terrorisme ».

Ces attentats interviennent au lendemain de la mort de quatre terroristes présumés à Casablanca, au Maroc. Trois des quatre suspects se sont fait exploser alors que la police marocaine les recherchait, tandis que le quatrième a été abattu alors qu’il portait, lui aussi, une ceinture d’explosifs. Lors d’une conférence de presse, le ministre marocain de l’Intérieur Chakib Benmoussa n’a pas exclu qu’il puisse exister un lien entre les attaques d’Alger et les terroristes de Casablanca. « Nous ne l’excluons pas, mais nous n’avons établi aucun lien », a-t-il déclaré.

En 2002, l’explosion d’une bombe sur un marché de la banlieue d’Alger avait fait 38 morts et 80 blessés. AP

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